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26 septembre 2011 - France Soir.fr

Sandrine Catoire voulait vivre de sa Terre Sacrée

Sandrine Catoire voulait vivre, dans le sud de la France, de son héritage familial : la macrobiotique. Pari réussi. À 41 ans, après des années passées dans la capitale à récolter de l'argent pour créer son entreprise, l'ancienne ado du Gard vend aujourd
Sandrine Catoire voulait vivre, dans le sud de la France, de son héritage familial : la macrobiotique. Pari réussi. À 41 ans, après des années passées dans la capitale à récolter de l'argent pour créer son entreprise, l'ancienne ado du Gard vend aujourd

"Quand on lui demande de raconter sa success story, Sandrine Catoire use d'images ésotériques et de jeux de mots bien sentis pour décrire son petit commerce. « J'avais rendez-vous avec moi-même » ou encore « je voulais gagner le fruit de mon travail », déclare aujourd'hui cette ancienne commerciale parisienne. Avec un « bac -1 », comme elle dit, l'ex-adolescente d'un « endroit paumé du Gard » réussit désormais à gagner sa vie à Aix-en-Provence depuis sept ans. Son business ? Le panier de fruits et de légumes « 100 % bio ». Son entreprise (logo de ma terre), créée en 2004, a drainé 1,3 million de chiffre d'affaires en 2010. Elle réalise aujourd'hui 80 % de ses revenus via Internet. Retour sur une aventure qui a commencé dans les Cévennes, entourée de nature, et de philosophie macrobiotique.

Le labo de son père

Fille de soixante-huitards « en retard », Sandrine quitte Paris avec ses parents en 1975 alors qu'elle a 14 ans. La famille s'installe dans une belle demeure languedocienne. Et c'est là que son père se lance dans la biodiversité, sans prédisposition aucune, à part celle d'être de l'époque de la « descente des hippies », selon elle. De son laboratoire, l'ancien représentant en fenêtre s'exerce plus précisément à la pomologie. « Cuisse de Dame », poires anciennes, pommes d'Api en forme d'étoile... Sandrine est la seule de ses frères et sœurs à partager aussi fort la passion paternelle. Elle ramasse les récoltes. Fait des associations d'espèces végétales avec des voisins sur leur « chantier ». Et ne croit plus qu'en la macrobiotique. « J'étais dans une logique d'appartenir à la terre et pas l'inverse », explique Sandrine qui nous parle de « biodynamique », de « rapport avec la lune et la nature », de « renaissance » et de « l'Énergétique ». Au grand dam, de ses professeurs, à seize ans, elle arrête le lycée. « À cette époque je lisais "Pieds nus sur la terre sacrée" ». Un recueil de textes des Indiens d'Amérique du Nord de T.C. McLuhan, accompagné des photos du célèbre ethnologue américain Edward Curtis qui a passé près de trente ans à photographier plus de 80 tribus des Etats-Unis. « Pour certains, ce livre est une anthologie de la philosophie, du mode de vie et de la destinée des êtres humains sur terre », explique Sandrine qui ajoute encore, à cette ambiance déjà très Mère Nature : « Ma mère travaillait avec des thérapeutes et ne vivait plus que par la vertu des plantes. Je ne connaissais pas les médecins ».

"J'ai embarqué les producteurs de la région dans mon aventure"

En 2007, après des années passées à Paris, tour à tour dans l'immobilier et la publicité, elle décide de prendre une année sabbatique avec une seule idée : « retourner vivre dans le Sud » et gagner sa vie dans le domaine de la Santé. Mais comment ? La doctrine familiale ressurgit alors : « Il faut se réapproprier sa santé en mangeant des fruits et des légumes ». Banco ! Elle choisit d'essayer de vendre des récoltes 100 % bio et de convaincre avec son bagou de commerciale en ces temps « où on se précipite trop vite sur un bout de jambon plutôt qu'autre chose ». Aujourd'hui, la doctrine familiale prend bien dans Aix-en-Provence et ses alentours. Sandrine compte 1.500 clients par semaine, friands de ses paniers bio, et se targue de redonner 900.000 euros de ses bénéfices par an à la production locale. « J'ai embarqué les producteurs de la région dans mon aventure humaine. Je suis arrangeante avec eux. Si par exemple ils ont trop de courgettes sur les bras, je leur prends et les propose dans mon panier de la semaine ». Pourtant les débuts n'auraient pas été faciles.

"Ils avaient honte"

« Il y a sept ans, le bio n'était pas à la mode comme aujourd'hui. Quand j'allais démarcher les employés sur leur lieu de travail à la pause repas pour vendre mes premiers paniers, beaucoup avaient honte et ne voulaient pas que leur patron sachent qu'ils s'intéressent à cette alimentation. Alors j'ai organisé des ventes dans la rue dans des quartiers résidentiels », se rappelle-t-elle. Trois ans après, en 2007, son frère, Benoît, arrive avec un apport financier, non négligeable. À 50 ans, il investit dans le commerce de sa sœur une partie de l'argent du rachat de son entreprise d'ingénierie, gagné quelques mois plus tôt. Soit un peu près 40.000 euros de capital. Son arrivée facilite aussi l'accès à des emprunts conséquents : 30.000 euros pour un outil de gestion informatique, puis encore des milliers d'euros pour la création du site internet : Materre.net. Maintenant, Sandrine Catoire - qui a encore bénéficié d'une subvention du Conseil général en 2007 de 6.000 euros - gère tout de son bureau de 30 m2 dans le centre-ville d'Aix-en-Provence. Compte dix employés et un atelier de 150 m2, en périphérie de la cité provençale, « dans des champs magnifiques avec des chevaux tout autour ». Tous les jours, entre trois et cinq de ses salariés y préparent les paniers bio avec les produits récupérés le matin chez son réseau de producteurs, et partent livrer dans tout le département des Bouches-du-Rhône : La Ciotat, Marignane... Marseille aussi. « C'est surtout là que les gens meurent de faim. Il n'y a pas de petits jardins », explique l'ancienne fille des champs qui vit aujourd'hui avec 1.800 euros net par mois et qui s'épanouit à « échanger sur la macrobiotique avec ses clients et les producteurs » lors de visites sur les cultures des environs, organisées par ses soins. À chaque nouvelle saison."

Par Stéphanie Villeroy

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