paniers legumes bio producteurs

Maurice Audier

Maraîcher et producteur de plants
Aix en Provence
Superficie exploitée : 4.5 hectares
En culture biologique depuis : 1970

présentation de l'exploitation
Installé depuis plusieurs génération au pied de la ville, Maurice peut se venter d'être le pionnier de l'agriculture biologique sur Aix !

Ses grandes serres chauffées "anti-gel" l'hiver, lui permettent de nous offrir des primeurs bienvenues au printemps, toutes sortes de légumes, et quelques essais de varités anciennes...
www.cereprim-bio-aix.fr

Le mot de Maurice Audier
« L'âme du paysan

Tout change de nos jours ; les mots exprimant le métier ou la fonction, même vieux de plusieurs siècles, sont aujourd'hui remplacés par d'autres, souvent plus complexes.
Il n'y a plus d'instituteurs, plus de cantonniers, plus de balayeurs, plus de prison, ...
Celui qui produit l'aliment est un agriculteur, un cultivateur, éleveur, exploitant agricole, mais surtout pas un paysan !
Il est vrai que ce mot est trop beau, trop grand, parce qu'il fait penser à l'homme qui s'intègre à un paysage, progresse moins vite que d'autres...C'est donc un « paysan »presque méprisable, presque arriéré, en tout cas peu « moderne »...
Pourtant, il y a cinquante ans, on a voulu l'obliger à aller plus vite, se conformer à de nouvelles exigences. Puis, peu à peu, on l'a accusé de tous les maux et...le voilà redevenu Paysan au sens noble du terme.
Je vais vous parler de la véritable agriculture : l'Agriculture Biologique, que je pratique depuis près de quarante années.
Avant d'en aborder le côté pratique, c'est son aspect spirituel que je vais vous commenter.
Mon étonnement est grand devant un mouvement qui s'amplifie : cette vente directe. L'échange entre producteurs et consommateurs prend des formes complètement différentes dans les pays fortement urbanisés. Fruits et légumes calibrés, lustrés, emballés par des machines, mis en valeur par des éclairages puissants conditionnant aussi bien le produit que le consommateur.
Puis, circuit beaucoup plus court : vente par le producteur lui-même sur une table en bois au marché du produit brut sorti du champ, ou apporté dans les villes en mélange dans des paniers.
Incrédule, au début de la reprise de ce système, je crois en avoir trouvé la justification au souvenir d'une conférence à la Faculté de lettres d'Aix. ; il s'agissait de la dualité « Esprit Matière. » Rassurez-vous, je ne vais pas la refaire !
La première phrase était : Dans le pain, ce qui nourrit, ce n'est pas la farine, c'est l'esprit.Avec l'âge et les acquis de la vie, on en comprend mieux le sens. On est tous en admiration devant une oeuvre humaine : une fusée de 500 tonnes qui s'échappe et va vers les planètes, un ordinateur qui met à notre portée des millions d'informations enfermées dans des milliards de cases ! L'objet de notre admiration n'est pas la carrosserie de la fusée ni de l'ordinateur, il ne s'agit que d'assemblages de matériaux. On admire l'esprit de l'homme, sa super intelligence qui a conçu cela !
Pour produire l'aliment, il n'est point besoin de supercerveaux ! L'homme inculte récoltera le même blé que l'ingénieur ! La plante pousse seule... On est dans le monde vivant. Il n'a pas besoin d'hommes... Pourquoi ? Le plus anticréationniste dira : « c'est l'ordre naturel des choses »... ou encore : « c'est la loi de la nature ». Mais s'il écrit cette phrase, il aura parfois tendance à écrire Nature avec une majuscule !
Il y a pourtant un homme autour de la plante. Il lui prépare le terrain, la débarrasse des herbes folles, la protège de son mieux, se lève dans les nuits glaciales pour tenter de la protéger du gel... souvent en vain ! Puis il récolte, apporte au consommateur l'aliment nourricier du corps.
Tout cela, autour de la plante, ce n'est pas le résultat de mathématiques compliquées, ce n'est pas un « superesprit » qui a commandé le geste !!, c'est simplement une petite chambre que nous avons tous au fond de l'esprit. Une chambre qui contient l'amour.
Cette chambre, chez le paysan, elle est ouverte aussi sur la Nature.
Cette chambre... c'est l'âme du paysan. Si elle ne passe pas dans les calibreuses, les lustreuses, les emballeuses, les containers... regardez bien, elle est sur la table du marché, elle est dans votre panier, elle est dans le regard brillant de celui qui a réussi une belle récolte, le regard assombri quand le vent, le gel ou la grêle, l'ont abîmée...
Vous la verrez cette âme quand vous penserez au paysan qui vous parle aujourd'hui, cette homme qui a passé une longue vie dans un jardin, y a parfois trouvé la consolation à quelque misère, mais surtout le précieux, l'indispensable émerveillement devant une graine qui devient tige, une tige qui devient fleur, une fleur qui devient fruit."